Entrevue avec Julien Quaglierini : Retour sur son parcours de bodybuilder pro

Julien Quaglierini est sûrement l’athlète francophone le plus connu dans le monde du bodybuilding. Compétiteur depuis 2005, son parcours a tout ce qu’il faut pour en motiver plus d’un à devenir tout comme lui IFBB PRO ! Nous avons eu la chance de lui poser quelques questions sur son quotidien, ses entrainements, et tout ce qui entoure sa vie de culturiste professionnel. Une interview qui condense beaucoup d’informations et qui respire la passion pour ce sport.

Entrevue avec Julien Quaglierini : Retour sur son parcours de bodybuilder

A propos de Julien Quaglierini

Julien QuaglieriniÂgé de 38 ans à l’heure où nous organisons cette interview, Julien Quaglierini a déjà derrière lui 23 longues années de pratique de la musculation. A l’âge de 15 ans, il commence la musculation à l’époque où Ronnie Coleman ou encore Flex Wheeler étaient des superstars du milieu. Motivé comme jamais, il enchaine par la suite les diplômes durant 8 longues années. Pendant cette période, il affine son expertise afin de comprendre exactement comment fonctionne le corps humain et surtout comment optimiser son quotidien pour obtenir un physique de rêve.

Devenu coach sportif aguerri, il se tourne vers la compétition dès 2005. Sa volonté de progresser toujours plus dans le milieu du body le fait s’installer aux Etats-Unis afin de pouvoir s’entrainer aux côtés de professionnels. Son but ? S’immerger le plus possible afin de pouvoir décrocher une carte IFBB Pro, synonyme de Graal pour n’importe quel bodybuilder. Il s’agit de la seule carte qui permet de concourir à la prestigieuse compétition « Mr Olympia » à la renommée mondiale.

Après plusieurs titres prestigieux gagnés, il obtient enfin après de nombreux efforts la carte IFBB Pro lors du NPC de Floride en mai 2016. Sa carrière entre désormais dans la légende du bodybuilding en France et à l’internationale.

Maintenant que vous en savez plus sur la carrière de Julien Quaglierini, nous vous proposons de vous immerger un peu plus dans son univers en consultant son interview que nous avons eu la chance de réaliser.

L’interview de Julien Quaglierini

Bonjour Julien, et merci d’avoir accepté cette interview. Pour entrer directement dans le vif du sujet, peux-tu nous expliquer à quel moment et dans quel contexte tu as su que tu voulais t’installer aux USA pour tenter de devenir pro ?

Bonjour Timothée,

Merci à toi de me permettre de partager mon parcours grâce à cette interview. Après avoir fini mes 7 années d’études (2 masters STAPS, un diplôme de préparateur physique de sportifs de haut niveau passé au CREPS et un brevet d’état HACUMESE (Haltérophilie, Culturisme, Musculation et Education Sportive), j’ai voulu associer la théorie à la pratique, et me lancer dans mes premières compétitions de bodybuilding vers 2004 en parallèle de mon métier de coach. Puis ça m’a paru comme une évidence, je devais partir aux USA pour réaliser mes rêves et suivre les traces de mes idoles (Schwarzy, Van Damme…)

À 30 ans (en 2011) après avoir travaillé d’arrache-pied en tant que coach sportif en salle, je m’envole pour les États-Unis, Miami afin de voir si cette ville pourrait me convenir et là j’ai eu un déclic, c’était là que je voulais m’installer dans l’objectif de devenir bodybuilder professionnel.

Une fois arrivé aux USA, tout était conforme à ce que tu attendais ? Comment s’est passé ton adaptation et as-tu ressenti une grosse différence sur tes entrainements et ta progression ?

Arrivé aux USA, je savais que tout allait être compliqué, d’autant que je ne parlais anglais que niveau scolaire mais je n’aurai pas cru que ça allait être un véritable parcours du combattant pour pouvoir m’y installer.

Mes premières années aux USA ont été consacré à l’obtention de mon premier visa puis ma carte verte de façon à pouvoir devenir résident permanent et ainsi pouvoir vivre et travailler librement sur le sol américain.

Ce fut un boulot à temps plein en plus de mes coaching online, privé et de mes entrainements quotidiens.

Les salles de musculation de Miami et leur ambiance m’ont surmotivé à me donner à fond pour décrocher une carte Pro IFBB par la suite.

Participer à des compétitions en France et aux États-Unis, ça n’est pas du tout pareil, comment se prépare et se vit une compétition aux USA ?

julien quaglierini competitionMes premières compétitions aux USA ont été magiques. Une ambiance particulière, l’hymne national américain à chaque début de compétition, bref des shows à l’américaine jamais vu en France jusqu’à présent surtout pour du bodybuilding.

Ici le bodybuilding est vraiment culturel. Même sur des petites compétitions locales il y a de nombreux sponsors avec leur stand, c’est une sorte de mini Salon du BodyFitness chaque week-end !

Pour pouvoir devenir Pro à l’époque n’étant pas américain, je devrais gagner cinq Overall (arriver premier d’une compétition toutes catégories confondues) pour pouvoir prétendre obtenir une carte Pro. J’ai donc concouru et concouru encore presque tous les mois pendant plus d’un an et j’ai fini par décrocher ma carte Pro en 2016 après six Overalls remportés.

Tu concourais dans la catégorie Men’s Physique. Quelles sont les particularités de cette catégorie et pourquoi l’avoir choisi ?

Lorsque j’ai commencé la compétition en 2004, il n’y avait qu’une seule catégorie. Le bodybuilding. Après avoir concouru plusieurs fois, j’ai fait une pause pour me consacrer à mes études. Quelques années plus tard, je me suis intéressé à la fédération Musclemania qui proposait notamment la catégorie Muscle Model puis Men’s Physique qui me plaisait plus esthétiquement et qui était plus accessible. En 2012, j’ai donc tenté ma chance dans cette fédération avant de décrocher ma carte PRO en 2014.

J’en profite pour ceux qui le souhaite à inviter les personnes voulant en savoir plus sur le body, les catégories et règles aux USA dans un article que j’ai rédigé sur mon site : Tout savoir sur les compétitions de Bodybuillding

D’après toi, quels sont les principales qualités que doit-avoir un bodybuilder pro ?

D’après moi, il faut avant tout de la patience et de la persévérance et surtout un mental en béton. Lorsque nous devenons bodybuilder PRO, (après avoir fait beaucoup d’efforts pour obtenir le statut) c’est comme repartir de zéro dans une catégorie où tout le monde a un niveau exceptionnel. Les meilleurs sont ceux qui ont une génétique exceptionnelle, qui travaillent énormément et surtout qui ne craquent pas et qui enchainent les compétitions coûte que coûte malgré les risques possibles sur la santé.

Devenir compétiteur à un si haut niveau, cela demande beaucoup de sacrifices en permanence pour réussir. Peux-tu nous expliquer l’hygiène de vie et la diète que tu t’imposais pour en arriver là ?

Absolument, et ce, au détriment de ta famille et de tes amis.

Notre hygiène de vie doit être irréprochable. Pas ou peu d’écart de diète. Tout doit être calculé au millimètre (calories, macros, peser ses aliments, timing des repas, etc..)

Un entrainement bien planifié et intelligent pour ne pas se blesser lorsque notre corps est fatigué surtout en fin de sèche. Le repos et la récupération indispensable pour pouvoir récupérer de façon optimale ce qui est plus facile à dire qu’a faire et ce qui signifie peu ou pas de sortie.

Et bien sûr lorsque nous avons un boulot à gérer, le dernier mois précédant la compétition est très difficile à tenir.

Durant ta carrière, si tu devais retenir « le meilleur moment », lequel citerais-tu ?

Je pense que le meilleur moment de ma carrière est lorsque j’ai gagné mon 5ème et 6ème Overall pour décrocher ma carte pro.

Ma mère était venue à Miami pour l’occasion car elle voulait vraiment voir comment se passait une compétition en vrai. Lorsque je suis arrivé la veille pour valider mon inscription, et que l’on m’a annoncé le nombre de compétiteurs, là je me suis dit juste « c’est mort ».

Je n’avais jamais concouru avec autant de monde dans une si grande compétition. 626 compétiteurs au total : 122 men’s physique toutes catégories confondues et pas loin de 70 men’s physique juste en Open. Il faut savoir que j’avais enchaîné plus de 9 compétitions dans l’année précédente et que celle d’avant (1 mois avant), j’avais fini second et donc raté le dernier overall qui me permettait de devenir Pro.

Lorsque les résultats tombe, je suis à la fois content, soulagé mais hyper fatigué aussi et affamé.

Le fait de partager cela avec ma maman qui était présente ce jour-là était juste exceptionnel et inoubliable. Petite anecdote qui a son importance, c’est sans aucun doute grâce à elle que j’ai commencé la muscu puisque ma mère a toujours pratiqué le sport et ce, même à la maison devant les cassettes VHS de Claudia Schiffer ou Cindy Crawford. A 65 ans, elle allait toujours à la salle de musculation.

Comme beaucoup d’entre nous tu as comme idole Arnold Schwarzenegger, véritable icône du body. Qu’est ce que ça t’a fait de le rencontrer ?

Très intimident, en fait. J’en ai perdu mon anglais mais tellement content. C’était en 2015 au Gold’s Gym de Los Angeles, la Mecque du Bodybuilding. Il était en train de s’entraîner puis il est parti et je n’ai pas osé aller le voir et je m’en suis terriblement voulu. Mais le lendemain j’ai eu la chance de la recroiser au même endroit, discuter un peu et prendre des photos avec lui. Il est très disponible et accessible et c’est une des personnes qui m’a le plus inspiré et motivé pour atteindre mes objectifs. Comme beaucoup de pratiquants de musculation je pense.

Dans ton parcours de bodybuilder, tu as vécu des moments positifs, mais également des périodes plus sombres comme ta hernie discale, suivie ensuite de complications. Depuis 4 ans, tu partages ton quotidien sur ta chaine youtube. Fin 2017 tu as décidé d’échanger avec tes fans sur cette opération. Est-ce que tu t’attendais à autant de soutien ?

Non, pas du tout.

En partageant mon opération, je voulais simplement expliquer pourquoi j’allais sans doute faire une pause dans les compétitions à ma communauté parce que je trouvais cela important. J’ai commencé ma chaine youtube en filmant mes compétitions aux USA, en partageant mes entraînements et mon quotidien, en faisant des interviews au Mr Olympia. Donc forcement, je me devais de continuer à partager la continuité de tout cela avec mes abonnés pour qu’ils comprennent qu’il n’y aurait plus de compétitions sur ma chaine pendant quelques mois. Puis la suite n’a pas été ce que j’espérais et j’ai tout de même partagé les mauvais moments.

Pour rappel, j’ai attrapé une infection nosocomiale après mon herniehectomie qui n’a pas été décelé de suite. De graves complications s’en sont suivis.

Je me suis rendu compte que j’avais vraiment amené de la motivation aux personnes en ayant le courage de parler de quelque chose de négatif au final. Et surtout, je me suis rendu compte que beaucoup de personnes avaient des hernies discales.

Ma femme n’était pas vraiment à l’aise de partager ce moment de vie difficile car elle considérait vraiment cela comme privée mais au final cela a pu aider beaucoup de monde.

Cette période a été très difficile à vivre et à partager d’ailleurs. Lorsque le kiné et le médecin m’annoncent que je vais mettre plusieurs mois, voire 1 an avant de remarcher, je n’y croyais pas. Finalement, a force d’acharnement en faisant de la rééducation chaque jour, je n’ai mis que quelques semaines. En réalité, la musculature que j’avais gardée au niveau du bas du corps (malgré quasiment 20 kg perdus) m’a permis une rééducation plus rapide. J’y suis donc allé par étapes.

Comment s’est passé ta réathlétisation au niveau de ton programme d’entrainement ?

Il faut savoir que même allongé, je continuais à faire les bras en me hissant avec la poignée de triangle qui se trouve au-dessus du lit. Puis à ma sortie de l’hôpital, avec 20 kilos en moins je ne me suis pas laissé abattre et j’ai repris l’entraînement en douceur, comme je pouvais, avec des élastiques ou en faisant des dips sur mon déambulateur par exemple. Ça m’avait tellement manqué que je ne pouvais pas faire autrement, c’était plus fort que moi.

J’ai ensuite du garder mon corset pendant encore 3 mois lors de ma sortie. J’ai d’abord recommencé mes entrainements au poids du corps et élastiques puis au bout de plusieurs semaines je suis retourné en salle en privilégiant les machines par sécurité et je n’ai mis que très peu de poids en faisant du full body puis du half body.

Il faut savoir que je ne pratique pas ou très peu le squat ou le soulevé de terre. Et ce depuis toujours puisque mon hernie, je l’ai depuis l’âge de 15 ans.

Actuellement, à quelle fréquence t’entraines-tu ?

Je m’entraine généralement 5 à 6 fois par semaine en musculation et un peu de cardio également même hors saison.

Tu as annoncé en début d’année que tu arrêtais la compétition. Est-ce que tu ressens un manque, et en quoi cette décision à changer ton quotidien ?

Pour tout te dire, lorsque mon opération s’est mal terminée, je me suis dit que ma carrière compétitive était sans doute terminée. Quand j’ai décidé de me lancer de nouveau le challenge de remonter sur scène 2 ans après, j’ai eu envie de concourir en Classic physique. Pourquoi ce choix, parce que c’est une catégorie que j’adore particulièrement et qui ramène justement à tout ce que j’ai connu étant plus jeune et pour n’avoir aucun regret justement. Aujourd’hui, j’ai tenté, j’ai profité de la scène, la boucle est bouclée et je n’ai absolument aucun regret d’avoir arrêté la compétition, ni le manque et je suis bien plus heureux aujourd’hui. La maturité amène à réfléchir sur sa passion.

Il faut savoir que le monde des compétitions est très difficile, épuisant physiquement et mentalement. Surtout les dernières semaines avec la fatigue extrême. On se coupe aussi de sa vie sociale. Tout le monde n’est pas forcément fait pour la compétition.

Lorsque qu’une compétition se termine, il faut également savoir gérer l’après compétition. L’adrénaline et le stress qui redescendent, le fait de remanger normalement peut entrainer pas mal de soucis aussi, notamment les TCA et la déprime de ne plus avoir d’objectif…

Bien souvent les coaches n’en parlent pas. Les compétitions poussent le corps à l’extrême mais aussi le mental.

Les gens ne parlent que des bons côtés, malheureusement, il y en a aussi des mauvais.

Aujourd’hui, tu gères ta chaine youtube, ton site internet, et ton activité de coaching. Peux-tu nous décrire une journée type de Julien Quaglierini ?

Julien Quaglierini ifbb proVoilà une journée type :

Je me lève, je prends mon petit déjeuner et je dépile mes centaines de mails quotidiens pour répondre aux urgences et autres demandes car avec le décalage horaire, compliqué de répondre au plus vite.

Ensuite, je pars m’entrainer à la salle et lorsque je rentre, c’est l’heure de déjeuner.

Après avoir mangé, j’attaque ma journée de boulot. Je gère tous les coaching en ligne pour mes élèves en priorité (mise en place ou ajustement des programmes diètes et entrainements personnalisés). Ensuite, je poste sur mes différents réseaux sociaux, je m’attelle au montage de mes vidéos youtube et si j’ai le temps, je continue d’écrire des articles pour mon blog. Je finis mes journées vers 21 heures sauf en cas de retard de montage sur les vidéos. Il m’arrive de bosser jusqu’à minuit parfois plus et ce 7 jours sur 7.

Ma femme gère toute la partie technique du site internet et la mise en page du blog entre autres taches.

Tu es un des rares français à avoir ta carte pro. Pourquoi penses-tu qu’il y ai si peu de français en IFBB Pro ?

À l’époque où je suis parti aux USA, la fédération NPC/IFBB qui permet d’obtenir la carte pro n’existait pas en France et il fallait donc partir aux USA pour concourir. De plus pour arriver à décrocher ce fameux sésame il fallait enchainer les compétitions et se faire connaitre des juges. Donc il fallait vraiment vivre aux USA pour pouvoir réaliser cela. Peu de personnes sont capables d’enchainer les régimes et compétitions à un tel rythme et encore moins à s’expatrier aux USA avec le parcours du combattant qu’il faut pour réussir à avoir un visa.

Aujourd’hui il y a des compétitions NPC/IFBB en Europe, il est donc plus facile de pouvoir devenir Pro sans devoir s’expatrier aux USA. C’est une chance.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite lui aussi concourir en IFBB Pro ?

Il faut être très patient et persévérant et ne pas bruler les étapes. Pour ma part j’ai attendu 8 ans de pratique sérieuse avant de me lancer dans ma première compétition et je n’ai eu ma carte Pro qu’à 34 ans soit quasiment 20 ans de pratique vu que j’ai commencé à 15 ans ! Très peu de personnes aujourd’hui sont prêtes à attendre 10 ans ou plus de pratique sérieuse avant de devenir Pro. De nos jours on veut tout, tout de suite et on voit des jeunes faire des compétitions après seulement 1 an ou 2 de pratique et je trouve cela beaucoup trop prématuré. Il faut au minimum 5 à 10 ans d’expérience avant de se lancer dans la compétition et ne pas prendre de raccourci trop rapidement.

Pour conclure, au jour d’aujourd’hui, quels sont tes objectifs sur chacune de tes activités ?

Transmettre ma passion et mon savoir grâce à mes réseaux sociaux et à ma chaine YouTube. Continuer à motiver les personnes qui me suivent et à les pousser à croire en leurs rêves. Je veux montrer aux gens que c’est possible, qu’en travaillant énormément et en faisant preuve de beaucoup de volonté, tout le monde peut partir de zéro et arriver à atteindre ses objectifs quels qu’ils soient. Si j’en suis moi-même arrivé là aujourd’hui c’est grâce à des gens qui m’ont inspiré comme Arnold Schwarzenegger par exemple.

Je suis également en train de monter mon Home Gym professionnel pour mes propres entrainements mais également pour mes videos et pour du coaching VIP dans l’avenir.

Un dernier mot : Ne lâchez rien !

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions, et pour toutes les personnes qui souhaitent en savoir plus sur toi ou te suivre sur les réseaux tu es présent sur :

Merci à toi pour cette opportunité en espérant aider un maximum de tes lecteurs.