Les cas de dopage sont fréquents en milieu sportif. L’affaire Kamila Valieva en est un exemple récent. La patineuse russe de 15 ans a été contrôlée positive à la trimétazidine, une molécule figurant sur la liste des interdictions de l’agence mondiale antidopage (AMA), lors des Jeux olympiques d’hiver 2022 de Pékin. Contrairement à d’autres substances dopantes, la trimétazidine reste peu connue du grand public, et son classement sur la liste de l’AMA fait débat. Qu’est-ce que la trimétazidine, et à quoi sert-elle ?
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Ce qu’il faut savoir sur la trimétazidine
La trimétazidine (ou dichlorohydrate de trimétazidine) est un médicament autorisé en France depuis les années 1978. D’abord commercialisée sous forme de comprimés, elle a ensuite été proposée en solution buvable sous le nom de Vastarel. Cette molécule est produite par le laboratoire Servier.
La trimétazidine est prescrite dans les cas d’angine de poitrine, un malaise provoqué par l’obturation des artères coronaires. Il se traduit par une douleur vive au niveau de la poitrine à l’effort. La trimétazidine est aussi utilisée pour traiter des vertiges et améliorer l’acuité visuelle (par une action vasculaire).
La posologie de ce produit est de 3 prises par jour pour un comprimé de 20 mg, un comprimé de 35 mg matin et soir, ou 60 gouttelettes (3 ml) en 3 prises. Il existe cependant des contre-indications à connaître avant toute utilisation.
La molécule agit principalement au niveau cardiaque et vasculaire. Elle a un effet protecteur lors d’une hypoxie (manque d’oxygène), probablement par modification du métabolisme lipidique. Elle est aussi active lors d’une ischémie myocardique, en améliorant la fraction d’éjection systolique. Après lésion transitoire d’une artère, la trimétazidine aide à maintenir un bon débit sanguin en améliorant la fonction endothéliale.
Depuis 2012, ce médicament ne se prescrit qu’en association avec d’autres substances pour les cas d’angine de poitrine, en raison de ses lourds effets secondaires. Certains spécialistes le considèrent comme un vieux produit, peu ou pas utilisé aujourd’hui.
Quelle est l’efficacité de la trimétazidine ?
Ce médicament est très peu prescrit en France. Les essais cliniques datent de 20 à 25 ans et ont été abandonnés, faute de résultats probants. Vu le faible effet dans le traitement de l’angine de poitrine, la commission de transparence de la Haute Autorité de santé a rendu en 2011 un avis défavorable sur la trimétazidine.
La molécule est jugée sans réel apport médical. Le rapport relève aussi les risques liés à son utilisation : manifestations neurologiques, atteintes cutanées, malaises et chutes, symptômes de la maladie de Parkinson et autres troubles moteurs, troubles hématologiques, etc.
La trimétazidine a-t-elle un effet dopant ?
Les effets dopants de cette molécule ne sont pas clairement établis. On évoque généralement une amélioration de la circulation sanguine ou un effet stimulant. Aucune étude scientifique n’a cependant décrit précisément ces effets ni leur mécanisme.
L’inscription de cette molécule sur la liste des interdictions de l’AMA continue de faire débat. Elle a d’abord été classée dans la catégorie des stimulants en 2014, puis reclassée parmi les modulateurs métaboliques et hormonaux un an plus tard. Une étude polonaise a montré en 2014 que la trimétazidine était associée à des risques de chute, de troubles de la marche et d’hallucinations. Ces effets indésirables ne semblent pas favorables aux performances d’un sportif, indiquait le pharmacien et toxicologue Pascal Kintz fin 2020.
En janvier 2021, une étude russe publiée dans l’Asian Journal of Sports Medicine a souligné le manque de preuves justifiant l’interdiction de la trimétazidine par l’AMA. La littérature médicale internationale ne mentionne aucun effet dopant avéré de cette molécule, rappellent plusieurs spécialistes.
L’affaire Valieva a aussi relancé les interrogations sur l’utilisation de cette molécule comme substance dopante. L’AMA pourrait toutefois disposer d’informations non publiques permettant de justifier le statut de la trimétazidine.
Quels sont les antécédents de dopage à la trimétazidine ?
Durant les jeux de PyeongChang, la russe Nadezhda Sergeeva a été testée positive à la trimétazidine lors de l’épreuve de bobsleigh. Sa suspension a finalement été annulée : le test positif résultait d’un produit contaminé.
Le cas de cette sportive rappelle celui de la nageuse américaine Madisyn Cox, suspendue en 2018 pour deux ans. Elle a obtenu une réduction à six mois après avoir prouvé qu’il s’agissait d’une contamination accidentelle via un complément alimentaire.
En 2020, le lutteur français Zelimkhan Khadjiev a été suspendu quatre ans après un contrôle positif à la trimétazidine en 2019.
Mis à jour le 26 juillet 2026